31/10/09 - LE DESENCHANTEMENT SANS ISSUE DE LA GAUCHE AMIENOISE, par Benoît Mercuzot.

En quelques semaines, deux voix discordantes issues ou proches de la majorité municipale se sont bruyamment exprimées pour dire leur désaccord avec les personnes et les politiques menées. Il s’agit chronologiquement de celle d’Hugues Moussy, ancien directeur de Cabinet de Gilles Demailly (Dossier spécial Amiens de l’Express du 8 au 14 octobre) et de celle de Céline Bouziani, suppléante de Francis Lec au Conseil général (Le Courrier Picard du 28 octobre). Tous deux ont démissionné et tous deux ont trouvé bon de s’exprimer publiquement sur les raisons de leur départ. Ils nous livrent ainsi une lecture des fractures internes à la majorité actuelle.


Un désenchantement généralisé

« La ville patine, elle a un peu disparu de la carte de France » selon Hugues Moussy qui, plus loin, évoque « une chance gâchée » ou encore le « sentiment qu’il ne se passe pas grand-chose à Amiens », et regrette l’absence de dynamique …

Pour Céline Bouziani, les « promesses non tenues » caractérisent ces dix-huit mois de pouvoir par les nouvelles majorités municipales et départementales : « la politique conduite tant par le conseiller général dont je suis la suppléante (Francis Lec, donc), que par la plupart des responsables locaux et régionaux membres du Parti socialiste … ne répond en rien à (ses) attentes, ni à celles d’ailleurs de nombreux citoyens confrontés à la précarité ».


Une mise en cause sévère des personnes

Sur ce plan, c’est indiscutablement Hugues Moussy qui se fait le plus incisif, au point que le qualificatif de « moins mauvais des candidats pour le canton (d’Amiens Nord) » dont Céline Bouziani affuble Francis Lec, apparaît presque comme un compliment.

Jugez plutôt : « Gilles Demailly a un mode de fonctionnement solitaire et isolé du pouvoir. Il n’écoute pas et se méfie des élus … Il suscite une méfiance forte, voire une résistance forte au sein des partis politiques … Gilles Demailly défédère les énergies » Et ce n’est pas tout : « Il y a une sorte d’apathie chez lui » ce qui ne permet guère effectivement de créer la dynamique dont Hubert Moussy rêvait.


Les apparatchiks contre l’intérêt général

Mais à vrai dire, les deux critiques éclairent surtout d’une lumière très crue, le rapport aux partis politiques.

Pour Hugues Moussy, c’est avant tout cette absence de lien avec les partis qui rend Gilles Demailly si effacé et impuissant à enclencher une dynamique. Et ses propos ne sont pas sans rappeler qu’à tout bout de champ et sans que rien ne les y oblige, les élus de la majorité n’hésitent avant même d’avancer une idée, de rappeler qu’ils appartiennent à tel ou tel parti.

Au début du mandat, cela faisait étrange : pendant 19 ans, ce type de discours avait disparu et c’étaient plutôt les projets et les perspectives qui résonnaient dans la salle de l’Hôtel de Ville. Mais, plein de naïveté, on pensait que c’était juste l’expression un peu puérile d’une sorte de fierté : celle d’avoir gagné sous un étendard et de le brandir haut et fort.
Dix-huit mois plus tard, la récurrence de ce discours laisse entendre que l’individu (l’élu) s’efface derrière le parti et que l’idée qu’il avance ou la position qu’il prend n’est pas tant la sienne que celle du parti.

Et qu’importe l’élu … Et qu’importe le projet s’il sert l’intérêt du parti …

Céline Bouziani est tellement désabusée de voir que la fidélité au parti l’emporte sur la fidélité aux promesses qui ont été faites que c’est non plus à un parti mais à un homme d'un autre parti (Maxime Gremetz, en l’occurrence) qu’elle s’en remet pour contraindre le parti socialiste à tenir ses promesses!

Et on devine aisément l’issue de tout cela : faute d’avoir un leader ou même un vivier dans lequel elle pourrait le puiser (car les apparatchiks ont tout fait pour qu’il ne puisse exister), le parti l’emportera toujours sur l’intérêt général.

Car les apparatchiks vont continuer à faire ce qu’ils ont toujours fait : une politique d’appareil, sans souffle, s’adressant à des clientèles plutôt qu’à la population et à la Ville.