29/10/09 - L’éviction de Sagacom ou les symptômes d’une municipalité désorientée, par Benoît Mercuzot.
C’est donc fait !
Malgré l’opposition d’un nombre non négligeable d’élus métropolitains de sensibilités différentes, Sagacom abandonnera au 1er janvier prochain la gestion de Mégacité. En une année, c’est donc la deuxième société d’économie mixte qui est liquidée de fait par l’équipe actuelle (la SEMTA est une coquille vide depuis que la CFT s’est vu confier les transports publics d’Amiens Métropole).
Est-ce la conséquence d’une situation de concurrence à laquelle les sociétés d’économie mixte ne peuvent résister comme l’a timidement plaidé une partie de la majorité communale ?
Ou ne s’agirait-il pas plutôt d’un mélange d’incompétences et d’inconséquences de cette majorité municipale qui, décidément, est imbattable pour abandonner un à un tous les leviers d’une politique de développement.
Une municipalité inactive
En 1997 la Ville et la Métropole créent Sagacom pour gérer Mégacité et développer les activités de Congrès et de foires. Actionnaire majoritaire de Sagacom, la Collectivité désigne ainsi parmi les membres de ses Conseils, les élus qui siègent au Conseil d’administration de la société et celui d’entre eux qui en est le Président Directeur Général. Sagacom est donc un outil de la Collectivité. Un outil qui ne peut agir que si la Collectivité veut qu’il agisse.
Or en l’espèce, la Ville n’a rien voulu !
Le Conseil d’administration n’a jamais eu à discuter de la candidature déposée par Sagacom. Un de ses membres l’a attesté durant le Conseil métropolitain. La stratégie développée par la candidature, son contenu, sa forme n’ont donc jamais été discutés par ses dirigeants.
Pas même par le Président Directeur Général, Thierry Bonte, qui a reconnu ne pas s’être investi, à la demande du Maire-Président, dans ce qui était pourtant vital pour Sagacom. Laissée à elle-même, sans guide ni consigne, la société a finalement déposé une candidature de très mauvaise qualité si l’on en croit le rapport adressé aux élus : « Le candidat ne maîtrise pas son sujet », « ses arguments sont confus » et pire que tout pour une société dont les actionnaires majoritaires sont la Ville et la Métropole, on en arrive à douter « de ses intentions à l’égard de la collectivité ». Pourquoi cette inertie de la Collectivité ?
Pour la raison que la municipalité a peur d’elle-même et que ne voulant pas risquer le moins du monde d’être soupçonnée d’avoir favorisé sa propre société, elle a préféré l’abandonner.
Drôle de méthode !
Car le principe même de la délégation de service public, c’est que la Collectivité, après avoir assuré la publicité pour faire naître la concurrence des offres, a le libre choix de son délégataire. Le service public justifie en effet que ce choix du délégataire ne soit pas trop contraint et qu’il repose avant tout sur la confiance de la Collectivité envers la société choisie. Etrange de considérer que la Collectivité n’a pas eu confiance dans sa propre société …
Car rien n’obligeait la Collectivité à laisser Sagacom sans directive. Imagine-t-on que GL Events, finalement retenu, aurait présenté une offre sans que son Président Directeur Général n’ait eu son mot à dire ou, du moins, qu’il ait délégué le travail à quelqu’un de confiance chargé de monter le dossier et de le défendre ?
Avec une telle approche, non seulement les organismes publics ou para-publics sont soumis à la concurrence (comme l’exige le droit), mais en plus ils partent avec un handicap qu’ils ne peuvent surmonter ! Et l’argument avancé par la municipalité trouve tout son sel : la petite SEM locale devait effectivement affronter une société internationale mais il n’était pas prévu qu’en plus, la planche lui soit savonnée par l’inertie d’abord et la défiance ensuite de ses propres actionnaires.
Une municipalité empêtrée dans une idéologie de bazar
Ce que n’ont pas compris les élus de la majorité, c’est que la gestion de Mégacité constitue bel et bien un service public !
Et en ne retenant pas la SEM, ils se privent de toute possibilité de peser sur tout ce que les salons, congrès et autres foires rapportaient en richesse à l’activité économique. C’est d’autant plus dommage que progressivement, la Ville s’est dotée d’une hôtellerie enfin digne de ce nom qui permet d’envisager, en partenariat avec le Comité du tourisme et avec les autres territoires du Département de faire d’Amiens une destination attractive.
Ce que n’ont pas compris non plus les élus de la majorité, c’est qu’ils mettent le Zénith dans la même situation demain d’être géré par GL Events pour ses propres intérêts financiers qui ne coïncideront peut-être pas avec ceux de la Collectivité.
Car le scénario est déjà écrit : JL Events rentrera dans le capital de la société qui le gère et bientôt, en disposera totalement. Et le risque est grand que les bénéfices aillent aux actionnaires de la société privée tandis que les déficits seraient pris en charge par la Collectivité !
Mais sur tout cela, les élus de la majorité ont voulu pudiquement fermer les yeux. En réalité, ils ont été aveuglés par une idéologie de bazar qui leur a fait dire que si ce n’était pas de gaîté de cœur qu’ils évinçaient Sagacom, ils voulaient ramener leur trouble à sa juste proportion en rappelant qu’après tout cette société ne gérait pas un « vrai » service public. En clair, Sagacom ne faisait pas autre chose qu’organiser des Congrès du Medef (sic) !
Cela signifie que pour eux, un « vrai bon service public », c’est un service qui ne rapporte rien en terme financier. Celui-là, mérite à leurs yeux qu’on se batte pour lui.
Mais un service qui rapporte de la richesse, qui fait travailler les entreprises locales, celui-là ne peut pas être un vrai service public et il ne mérite pas mieux qu’une gêne momentanée, vite oubliée.
Il est vrai que si les élus de la majorité commençaient à comprendre qu’une Collectivité peut créer de la richesse, ils perdraient leur credo favori : « c’est la faute aux méchants patrons ou au vilain Etat qui n’arrête pas de se désengager ! »
Un tel aveuglement ne laisse vraiment rien présager de bon ! On peut juste espérer que la casse ne sera pas trop grande et que les retraités américains, détenteurs des fonds de pension qui possèdent le capital du nouveau gestionnaire de Mégacité, recevront des dividendes correctes sans qu’Amiens Métropole ait à y participer.
