Quand la myopie prétend à la clairvoyance ! … à propos du parking de Gare la Vallée, par Benoît Mercuzot
La « Une » du Courrier Picard était accrocheuse ce samedi 17 octobre : « Un parking vide à 19 millions d’euros ».
Et le journal de donner la parole en page 2 à Mme Valérie Wadlow, ajointe au maire en charge de l’urbanisme et de l’aménagement, qui explique sans rire : « C’est la faute à nos prédécesseurs qui n’ont jamais réalisé d’étude de marché avant de décider cette construction ». Bigre, quelle aménageuse de talent !
Aménager, c’est anticiper
Car aménager un quartier, c’est anticiper les besoins qui s’y manifesteront au fur et à mesure que le quartier se développera. Car il est évident pour tout le monde (sauf pour Mme Wadlow) qu’un quartier qui, à terme accueillera 2 000 logements de plus, 100 000 m2 de bureaux et du commerce, aura besoin de stationnement. Et il est évident pour tout le monde (sauf pour Mme Wadlow) que quand ce quartier se développe sur une zone archéologiquement riche, il faut absolument éviter que chaque construction nouvelle dispose d’un sous-sol, sans quoi les coûts de fouille seront exorbitants et empêcheront le développement même du quartier. Aussi, la Ville est évidemment dans son rôle quand, au début de l’aménagement de ce quartier, elle créée un parking correctement dimensionné qui servira aux besoins futurs.
Mais peut-être l’équipe aujourd’hui en place aurait-elle préféré que la Ville acquitte pour chaque immeuble à construire, les 2 millions d’euros de fouilles qui ont été nécessaires pour créer ce parking !
Le parking d’Amiens 2 inopérant (et par qui a-t-il été conçu celui-là ?)
Alors certes, les 845 places de parking ne seront sans doute pas immédiatement remplies. Mais non seulement elles sont nécessaires pour le développement du quartier à échéance de deux ou trois ans, mais elles sont immédiatement nécessaires. Comment faire venir des entreprises dans les 16 000 m2 de bureaux livrés en mai 2009 si on ne sait leur proposer les places de parking dont leurs employés ont besoin pour venir travailler ? Je ne voudrais pas être à la place du service de développement économique qui doit désormais louer des bureaux en expliquant que les places de parking qui vont avec, arriveront … dans un an.
Le parking d’Amiens 2 ? Que ceux qui ne le connaissent pas tentent l’expérience ! Un parking mal conçu qui oblige les piétons à en ressortir sur le Boulevard Alsace-Lorraine, c’est-à-dire assez loin des lieux d’activité qui se développent sur Gare la Vallée. Et puis, un parking tellement mal conçu à l’origine, et géré dans des conditions tellement difficiles, que pour des raisons de « sécurité », l’accès piéton par l’immeuble d’Amiens 2 est souvent fermé dès le milieu d’après-midi ! Si vous déposez votre voiture ou si vous venez la reprendre après 17.00, vous devrez emprunter la trémie d’accès des véhicules (interdite théoriquement aux piétons pour raisons évidentes de sécurité … routière cette fois) ! C’est engageant, n’est-ce-pas ? Et peut-on croire vraiment que les entreprises vers lesquelles ne manqueront pas de se retourner leurs employés pour se plaindre de telles conditions, pourront envisager sereinement de s’implanter dans ce nouveau quartier ?
La fausse utopie d’une ville sans voiture
A moins, qu’utopie suprême, la nouvelle équipe ne rêve d’une ville sans voiture ! Mais si l’utopie peut quelquefois indiquer la voie du bonheur, cette utopie là se transformerait en cauchemar pour les amiénois. Outre que l’on peut discuter de la chose elle-même (une ville comme Amiens doit-elle absolument bannir la voiture ?), cet objectif se révèlerait dangereux s’il s’imposait comme un dogme absolu. Encore une fois, aucune entreprise, aucune activité économique n’acceptera de s’implanter dans ce quartier Gare la Vallée si ses employés et ses clients ne peuvent y accéder, et s’y garer, facilement. Faute d’accepter cette réalité-là, le projet Gare la Vallée serait mort-né et pour le coup, oui, ce n’est pas seulement le parking qui resterait vide mais également le millier de postes de travail qui existe désormais au dessus de ce parking.
Décidément, il serait temps que la Municipalité corrige sa vision du développement de la Ville. Mais avec une telle myopie qui l’empêche même de voir les intérêts immédiats des habitants, cela tiendrait du miracle !
